Les moustiquaires PBO se sont révélées prévenir davantage de cas de paludisme, car la résistance menace les gains obtenus avec grande difficulté

Il est possible que la plus grande intervention de l'histoire contre le paludisme ait été les Moustiquaires Imprégnées d'Insecticide Longue Durée (MILD) qui ont considérablement réduit le paludisme dans le monde et tout particulièrement en Afrique depuis leur introduction. On estime que 68 % des 663 millions de cas ont été évités depuis 2000, grâce aux MILD. Leur impact a même été plus important que l'utilisation de médicaments anti-paludisme. (Bhatt et. al.2015[1]). Ces gains massifs contre le paludisme sont toutefois à risque. Les seuls insecticides utilisés à ce jour sur les mousquetaires ont été les pyréthrinoïdes et les moustiques ont maintenant développé une résistance à ce groupe de composés. Les niveaux élevés de résistance dans certaines régions d'Afrique signifient que même des doses > 100x, doses nécessaires pour tuer un insecte sensible, n'ont plus d'effet !

La résistance des moustiques aux insecticides a fortement affecté la performance des MILD dans les dosages biologiques normalisés des laboratoires. Au Kenya, on a trouvé que les moustiques résistants aux pyréthrinoïdes se trouvaient à l'intérieur de MILD troués et lorsqu'ils étaient testés par des dosages biologiques en cône, on a également constaté que ces MILD étaient inefficaces pour tuer des vecteurs locaux, liant la force de résistance à l'augmentation du paludisme (Toé, KH et al., 2014[2]).

Ceci veut dire que les MILD n'ont pas le même impact qu'ils avaient auparavant et que les gains réalisés pour réduire le paludisme risquent d'être menacés, voire inversés. 

Quelle est l'alternative ? Sumitomo Chemical a reconnu le problème et a introduit Olyset® Plus. Cette moustiquaire contient de la perméthrine, mais également du pipéronylbutoxyde (PBO) qui n'est pas un insecticide, mais un synergiste. Dans le cas de moustiques résistants qui présentent une résistance métabolique, ceci leur permet de surexprimer des enzymes pour métaboliser l'insecticide. Le PBO bloque ces enzymes et rétablit l'activité des pyréthrinoïdes.

Une récente étude publiée par Churcher, T, et al 2016[3]  a effectué une méta-analyse des études de dosages biologiques et des études expérimentales dans des huttes et a conclu que, bien que les moustiquaires de la première génération qui contiennent uniquement des pyréthrinoïdes assuraient à l'origine une protection personnelle importante lorsqu'elles étaient neuves, l'efficacité contre les moustiques résistants a rapidement diminué au fur et à mesure du vieillissement des moustiquaires. Le document a démontré que même de bas niveaux de résistance augmenteraient l'incidence du paludisme par suite de la mortalité réduite des moustiques et de la protection communautaire plus basse. Churcher et al. ont prédit que dans les zones à hauts niveaux de résistance, la transition à des moustiquaires PBO éviterait jusqu'à 0,5 cas clinique par 1000 personnes par an, par rapport aux zones d'utilisation de moustiquaires standard non PBO.  Un autre point important mentionné dans ce document était le fait que, dans certains cas, si on ne tenait pas compte de la résistance et qu’on constatait une augmentation continue des niveaux, les moustiquaires PBO auraient moins d'impact, c'est-à-dire qu'en d'autres termes « il vaut mieux agir plus tôt que plus tard contre la résistance ».

La technologie qui consiste à disposer de suffisamment de PBO sur les moustiquaires et à obtenir une co-évolution de l'insecticide et du PBO à des taux corrects et pendant toute la durée de vie de la moustiquaire est très difficile à réaliser, mais Sumitomo Chemical y est parvenu au moyen de la moustiquaire Olyset Plus.

Les moustiquaires PBO coûtent un peu plus cher que les moustiquaires standard, mais elles présentent un gain de rentabilité qui permet d'éviter des cas cliniques nécessitant des médicaments onéreux pour le traitement, voire l'hospitalisation dans les cas graves.

La tendance consiste toutefois à acheter uniquement des moustiquaires imprégnées de pyréthrinoïdes les moins chères possibles. Tout en étant utiles pour les niveaux de couverture, ces moustiquaires ont eu un impact réduit dans de nombreux endroits où la résistance est bien établie et leur utilisation continue peut même augmenter les niveaux de résistance.

Olyset Plus de Sumitomo Chemical contient la perméthrine de pyréthrinoïde qui a une très faible irritation, ou très peu d’effets secondaires sur les personnes par rapport aux autres pyréthrinoïdes, tels que la deltaméthrine. Le PBO a été appliqué également sur toutes les cinq surfaces de la moustiquaire pour assurer que les moustiques résistants ne puissent pas éviter la surface traitée. Le temps est venu de faire bon usage des moustiquaires PBO et de lutter contre la résistance, avant que les taux de paludisme augmentent à nouveau et menacent d'inverser les gains réalisés jusqu'à présent en vue d’élimination et d'éradication finale du paludisme.

Bibliographie

[1] Bhatt et al. 2015, Nature, 526:207-211.

[2]Churcher, T, et al 2016;5:e16090, Epidemiology & Global Health

[3]Toé, KH et al., 2014 CDC, Emerging Infectious Diseases, Vol 20, 10.